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Un des enjeux actuels concernant les grandes questions environnementales telle que l’écologie et le climat est de ne plus les aborder uniquement par le prisme de la technologie, de la communication, des processus, de l’action et des finances, mais aussi par le biais de l’humain. La question climatique et écologique est une question humaine, comportementale, culturelle, anthropologique et (oui oui) psychologique, bien avant d’être technologique, de devenir un plan d’action, une feuille de route, une loi ou un budget.

Si nous voulons comprendre pourquoi nous ne changeons pas à la hauteur des enjeux (bien que nous les connaissons et savons quoi faire pour y répondre), l’approche par l’humain prend tout son sens.

Lorsque nous nous engageons en faveur de tels challenges, de nombreux « paramètres humains » vont interférer avec nos décisions, arbitrages et actions, même lorsque nous avons décidé d’agir : notre culture, celle de l’organisation, nos habitudes, valeurs, croyances, nos échelles de priorités, nos conditionnements biologiques liés à la survie, le fonctionnement de notre cerveau (plutôt calibré pour la survie), mais aussi notre vision du monde et de soi, notre vision de la nature, de son rôle et de notre place en son sein. Ainsi un conflit de valeurs (tel la valeur sécurité versus la valeur prendre soin) non mis à jour chez un individu, un élu ou au sein d’une organisation peut freiner les plus belles ambitions. 

La question climatique et écologique est donc bien humaine tant dans son origine, que dans notre difficulté actuelle à faire bouger nos comportements à la hauteur des enjeux. Comment changer si nous le faisons avec le même cerveau qui a conçu les comportements et technologies problématiques, et en prenant appui sur les mêmes croyances, les mêmes éléments de culture et sans résoudre nos conflits de valeurs et de priorités ?

Cette dimension humaine du changement nous explique en grande partie pourquoi nous ne parvenons pas toujours à décider et agir à la hauteur des enjeux, faisant trop souvent de la question climatique et écologique soit une contrainte, soit un simple projet comme un autre que les conflits de priorités et le business as usual viendront mettre en difficulté, voire en échec.

Quelques exemples…

Le sentiment d’impuissance face à l’ampleur des enjeux est l’une des difficultés que je rencontre le plus chez les personnes et organisations que j’accompagne. Ce sentiment de ne pouvoir résoudre le problème, de ne pas en avoir les capacités, va rendre difficile le changement. Pourtant, ce sentiment n’est pas très complexe à dépasser, s’il est bien accompagné. Non accompagné, il reste en « fond d’écran » et crée une résistance discrète mais puissante au changement, et vient démotiver les équipes et individus de façon régulière. Les personnes qui connaissent ce sentiment peuvent agir à outrance pour le supporter, mais plus généralement c’est l’inaction qui pré-domine. 

Or, dans les articles sur la thématique du climat ou de l’écologie, avez-vous déjà lu quelque chose à propos du sentiment d’impuissance comme frein majeur à la transition écologique ?  En général, il est plutôt question de quoi faire et de comment le faire, fort peu de « qu’est-ce qui fait qu’on le fait ou pas et comment accompagner ça ? ». D’ailleurs pas plus de « pourquoi on le fait ? ». Car la motivation est aussi une des grandes questions que j’accompagne : trop souvent fragile, peu construite, peu réfléchie, la motivation n’est pas suffisante pour porter de vraies ambitions et les porter d’une façon pérenne et qui permette de dépasser les aléas qui ne manquerons pas de se présenter. Je rencontre pas mal de peurs aussi : la peur au regard des enjeux et de l’ampleur des changements que cela semble exiger, la peur du changement lui-même et la peur de l’inconnu vers lequel cela pourrait nous mener. La peur est humaine, biologique et physiologique, mais aussi psychologique lorsque notre cerveau se l’accapare, et l’intègre au processus de décision. C’est important de prendre conscience comment la peur fonctionne et dénature nos choix, afin qu’elle ne prenne pas les décisions à notre place. Or c’est ce qu’elle fera si on fait comme si elle n’existait pas… ce que nous faisons pourtant souvent. C’est sans doute pour cela qu’elle est très présente dans nos prises de décisions, nos choix et surtout non choix. 

Enfin, la transition nous demande de questionner des croyances fondamentales, sur lesquelles nos sociétés sont structurées. Le fait que la société de consommation serait la seule solution au développement économique et à l’emploi est une des plus belles croyances, jamais remise en cause alors que nous avons sous nos yeux en permanence la preuve du contraire. L’attachement sociétal et individuel à ce type de croyance empêche une vraie transition (je ferai une note bientôt sur la croyance, qui mérite un développement). Mais nous faisons pourtant comme ci tout cela, toute cette matière humaine qui interagit puissamment avec nos décisions et nos actes n’existait pas. 

Le changement n’a jamais été un long fleuve tranquille, c’est le propre du changement. Mais ce qui fait la différence c’est de vraiment l’accompagner, certes par des conseils et des méthodes mais bien avant cela, oui bien avant, par la mise en perspective de sa dimension humaine. A cette condition seulement elle devient une matière féconde et cesse de s’interposer face à la transition. 

Séverine Millet

Image : peinture Fantasie – Duy Huynh