Éco-psychologie

De l’écologie à la psychologie

La naissance (ou l’émergence) de l’écopsychologie est le résultat d’un croisement entre la philosophie environnementale, la psychologie et l’écologie. Les principaux acteurs de cette mouvance étudient, notamment, l’effet de la nature sur l’équilibre psychologique des êtres humains, en suggérant l’existence d’une synergie (ou interdépendance) entre le bien-être du vivant et le bien-être planétaire, et vice-versa. Elle se veut terrain de recherches et de pratiques de moyens de guérir l’être humain de ses aliénations (consommation, pétrole, stress, etc.) afin de construire une société plus saine et soutenable.

L’écopsychologie propose, en effet, que la relation à autrui n’est pas seulement basée sur la culture et les rapports sociaux mais également sur le lien à la nature. Ce faisant, cette mouvance appréhende la crise écologique par sa racine, en allant explorer les causes profondes de nos comportements, mentalités et valeurs culturelles à l’origine de la crise écologique. Elle permet par ailleurs de dépasser la vision utilitariste d’une certaine écologie qui ne voudrait préserver l’environnement que pour maintenir son rôle au service de l’Homme.

Nature et culture

On peut citer les sociologues Karine Weiss et Dorothée Marchand selon lesquelles « la volonté du genre humain d’affirmer sa propre unicité en opposition à la nature (le fameux « culture versus nature »), qui est ancienne, a eu pour conséquence de dessiner deux univers distincts : la société et la nature, entrainant la création d’une seconde nature culturelle, superposée à la nature biologique. Aborder la culture est donc un point clé de l’information et de l’éducation à l’environnement » (cité dans la Lettre Nature Humaine n°2).

L’écopsychologie cherche donc à « offrir une compréhension globale des problématiques de l’Homme avec son environnement » (Bernard Boisson — Revue silence n°254 – février 2000). Se fondant sur l’idée que l’Homme est par essence un être ancré dans la nature, elle propose une philosophie ainsi que des pratiques thérapeutiques afin de retisser le lien Homme/nature.

À l’origine de l’écopsychologie

La création de ce courant remonte aux années 1990. Elle est le fruit des réflexions de deux psychiatres, Allen Kanner et Mary E. Gomes, et d’un écrivain, Théodore Roszac. Gregory Bateson, psychologue, anthropologue, épistémologue et grand spécialiste de la théorie des systèmes appliquée aux sciences sociales (voir la Lettre Nature Humaine n°3) aurait inspiré ces auteurs, suite à la parution en 1977 de son ouvrage « Vers une écologie de l’esprit » (éd. Seuil).

Ce courant est venu combler un trou béant dans les sciences humaines qui n’avaient jusque là traité que des relations de l’Homme avec lui-même, avec la société ou en relation avec son environnement urbain et social, et non avec son environnement naturel

Les grands principes de l’écopsychologie

Les huit principes posés à l’origine par Théodore Roszak comme fondement à l’écopsychologie étaient très imprégnés des théories psychiatriques de Freud et de Young, utilisant par exemple la notion de « l’inconscient écologique ».

Aujourd’hui, l’Institut d’écopsychologie, fondé par Th. Roszac et hébergé par l’Université de Californie, définit l’écopsychologie par les principes suivants :

  1. La synthèse qui émerge entre écologie et psychologie
  2. L’utilisation intelligente des perspectives écologiques dans la pratique de la psychothérapie
  3. L’étude de nos liens émotionnels avec la Planète
  4. La recherche de critères (ou normes) de santé mentale intégrant la dimension environnementale
  5. La redéfinition de la santé en prenant en compte la planète dans sa totalité

L’écopsychologie pratique

L’écopsychologie pratique, appelée quelque fois écothérapie, explore comment recréer le lien avec la nature, car il est maintenant reconnu que celle-ci apporte à l’Homme la sensation d’harmonie et d’équilibre ainsi que plus grande stabilité émotionnelle et physique. Une part importante de l’écopsychologie pratique est donc d’emmener la psychothérapie hors des murs des cabinets de consultation, pour aller en pleine nature (voir encadré). Elle permet ainsi d’explorer de nombreux aspects de notre vie quotidienne (dont nos aliénations), tel que le sentiment d’intemporalité, qui permet de quitter le stress de la pression de la vie moderne (voir l’article de Bernard Boisson sur les « sentiments de nature » – Lettre Nature Humaine n°3). Elle conduit également à affronter nos peurs de la nature qui, bien souvent, renvoient aux peurs de notre propre nature, c’est-à-dire ce qui a de vivant en nous : notre corps, nos « tripes », nos émotions, etc. (cf. à ce sujet, le remarquable travail de F. Terrasson dans son ouvrage « La peur de la nature »).

Le rôle de l’écothérapie dans la dépression nerveuse

Les chiffres commencent à donner raison à l’écopsychologie. Une recherche scientifique publiée le 14 mai 2007, réalisée à l’université d’Essex (Angleterre) a montré qu’une simple promenade dans la nature améliore l’humeur et la confiance en soi des personnes dépressives. Dans cette étude, intitulée « Écothérapie: l’agenda vert pour la santé mentale« , les chercheurs de Mind, une association britannique qui s’intéresse aux problèmes de santé mentale, ont comparé les bénéfices, pour les personnes souffrant de dépression, de trente minutes de promenade dans la campagne contre un séjour d’une même durée dans un centre commercial. Ils ont obtenu des résultats probants : 71% des promeneurs se sont sentis mieux contre 45% seulement de ceux qui avaient fait leurs courses dans un centre commercial (22% de personnes de ce groupe étaient même davantage déprimées).

Interdisciplinarité

« L’écopsychologie s’est penchée sur les philosophies de la nature, la littérature écologique, l’étude du rapport de l’homme avec la nature à travers maintes traditions », explique Bernard Boisson. En effet, approche récente, l’écopsychologie est au carrefour de plusieurs courants de pensées et de pratiques, telles que l’approche systémique de Gregory Bateson (cf. son ouvrage « l’écologie de l’esprit » ; ou le philosophe Paul Shepard ; ou encore la Gestalt, courant psychothérapeutique humaniste privilégiant le contact (ou son rétablissement) ; l’éco-féminisme ; les expériences de Wilderness, c’est-à-dire l’immersion totale dans la nature (voir le magnifique film Into the wild de Sean Penn), etc.
Lire aussi l’article de Bernard Boisson sus cité qui passe en revue ces courants – lien en fin d’article.

Faire la différence avec l’écologie profonde

L’écopsychologie partage avec l’écologie profonde, autre courant écologique récent, de nombreuses perspectives, notamment la vision de l’ Homme en tant que non séparé de la nature, l’importance de la relation avec la nature pour un meilleur équilibre psychique et physique, et l’intérêt pour les émotions que suscite la question environnementale, tels que la tristesse, le sentiment de perte, mais aussi le déni qui prédomine largement chez nos contemporains. Il existe néanmoins des différences entre ces deux courants: l’écologie profonde comporte aussi une vision philosophique (l’écosophie) et un mouvement social (voir l’onglet sur l’écologie profonde) et, contrairement à l’écopsychologie, accorde en général moins d’importance à la dimension psychique de la crise écologique actuelle. Néanmoins la confusion est facile à faire pour le néophyte, dès lors que les acteurs des deux courants utilisent souvent des pratiques de l’autre courant.

Pour en savoir plus

Sur le web :

À lire :

« The voice of the Earth: an exploration of ecopsychology », de T. Roszak – 1993 Touchstone, New York.

« Vers une écologie de l’esprit », tome 1 et 2, de Gregory Bateson – éd. Seuil.

« Nature primordiale – Des forêts sauvages au secours de l’homme », de Bernard Boisson, éd. Apogées.

Les articles en ligne sur notre site :

« Écopsychologie », interview de Bernard Boisson par « Les Épines Drômoises », le magazine de la FRAPNA de la Drôme, n°90, mai/juin 1999